charlise houé

Chez Houé, le Bénin passe à table !

Charlise Balcaen explore et revisite dans son joli restaurant nommé « Houé » la cuisine béninoise. Avec conviction, le chef fait découvrir aux Lillois une cuisine bien mal connue. Entretien.

 

En août 2015, Charlise Balcaen ouvre non loin de la Gare Lille Flandres un restaurant dédié à la cuisine du Bénin, son pays d’origine situé en l’Afrique de l’ouest. « Oh bonheur ! », l’enseigne n’affiche pas « cuisine africaine » mais bien « cuisine béninoise ». Un très bon point, car OOUUII, l’Afrique est un vaste continent aux multiples terroirs et traditions culinaires, pas un pays que l’on peut résumer au mafé et au poulet yassa.

Bref, une adresse ne proposant pas un gloubi-glouba de différentes « spécialités africaines ». Au contraire, Charlise explore la cuisine propre au terroir et aux traditions béninoises, tout en lui apportant sa touche personnelle issue de son apprentissage de la gastronomie française.

Un métissage culinaire savoureux qui nous a donné envie d’en savoir plus sur son parcours et sa démarche.

 

La cuisine n’est pas ton métier premier. Parle-nous de ta reconversion…

Je suis née et j’ai grandi au Bénin. Puis j’ai rejoint la France à l’âge de 19 ans pour faire mes études de finance. J’ai été contrôleuse de gestion pendant une dizaine d’années. En 2008, après l’arrivée de ma première fille, je ressentais l’envie de créer ma propre affaire, mais je ne savais pas quoi. A l’époque je cuisinais déjà beaucoup et j’adorais préparer de bons petits plats pour nos invités. Mon mari m’a mis la puce à l’oreille en me disant un jour « mais, Charlise, pourquoi tu ne te lances pas ?! ». Il a été un véritable révélateur et j’ai alors commencé à proposer mes services en tant que traiteur auprès de mon réseau familial et amical.

Mon second congé parental a été l’occasion d’élargir mon activité de traiteur et de sonder un peu plus mes envies. Je me suis alors rapprochée de l’association Initiatives plurielles qui aide les femmes à lancer leur entreprise. Le conseiller qui me suivait, Rachid, a été d’une aide précieuse car il croyait très fort en mon projet.

Et puis j’ai pu profiter d’un plan de départ volontaire au sein de mon entreprise pour bénéficier d’une formation de reconversion en cuisine auprès de l’école Ferrandi. Une véritable chance ! Cette formation a fini de me convaincre, car je me sentais à 100 % dans mon élément !

restaurant houé lille

 

Ouvrir son propre restaurant après une reconversion, c’était un sacré pari non ?

Au début je ne pensais pas ouvrir mon propre restaurant, mais poursuivre et développer mon activité de traiteur. J’avais quelques craintes sur la manière de concilier cette activité avec ma vie de famille. Et puis finalement j’ai trouvé le bon équilibre en ouvrant le restaurant à ma convenance c’est à dire le midi en semaine, et le vendredi et samedi soir. Cela dit, je continue l’activité traiteur pour le week-end (rire).

Trouver le local adéquat et obtenir un financement d’une banque a été une vraie galère. J’ai fait près de 20 banques avant d’en trouver une prête à me financer ! J ‘avais pourtant un bon dossier, mais ils étaient très frileux pour me suivre en raison de leur méconnaissance de la cuisine que j’allais proposer et de ma situation avec 3 enfants.

En tout cas, j’ai toujours été soutenue par mon mari et mon entourage. Ma famille était un peu sceptique au début, mais ils m’ont très vite suivie. Et puis, mon ancien métier de contrôleuse de gestion m’aide beaucoup pour m’organiser et bien gérer mon affaire.

restaurant houé lille

 

D’où te vient cette passion pour la cuisine ?

De ma mère sans hésiter. Elle avait cette volonté de nous transmettre son savoir-faire et ses recettes. Aujourd’hui encore elle me donne quelques astuces. Elle avait aussi cette obsession du bon produit. Lorsque nous allions faire le marché, je me souviens qu’elle analysait tout dans les moindres détails pour trouver le produit le plus frais, le plus mûr, le meilleur. 

Mon père est propriétaire de champs de manioc, ananas, mangues, oranges, palmiers… donc j’ai toujours été au contact des bons produits béninois. Çà m’a appris à aimer les bonnes choses et à avoir envie de les cuisiner.

chalise restaurant houé lille

 

Beaucoup de clichés circulent sur la cuisine africaine. Que réponds-tu à cela ?

Déjà, le terme « cuisine africaine » m’énerve ! Parle-t-on de cuisine européenne ? Vraiment ça n’a pas de sens, car du Maghreb à l’Afrique du sud, du Bénin à l’Ethiopie, je peux vous assurer qu’on ne mange pas du tout la même chose ! Déjà, du nord au sud du Bénin, les recettes sont bien différentes, alors imaginez à l’échelle d’un continent…

On entend souvent dire que la « cuisine africaine » est trop lourde, trop grasse, trop pimentée. C’est faux ! Certains clients sont donc agréablement surpris quand ils viennent manger chez moi car je veille toujours à l’équilibre de l’assaisonnement et j’utilise très peu d’huile. Ma formation a l’école Ferrandi m’a aussi appris à bien dresser mes plats.

restaurant-houe charlise

 

Parle-nous de ta cuisine…

C’est donc une cuisine d’inspiration béninoise. Au sud, région côtière, on consomme beaucoup de poisson et les sauces à base de feuilles sont reines, alors qu’au nord du pays, on est plus sur la viande et les légumes. Les viandes et les poissons sont souvent braisés ou en sauce. Les produits qui les accompagnent sont des légumes, du manioc (base du foufou, du gari et du tapioca), de l’igname, de la banane plantain, de la patate douce entre autres. La sauce à base de tomates et d’oignons est aussi très présente.

Mais j’apporte toujours ma touche personnelle. C’est une cuisine métissée car j’applique à ces recettes traditionnelles des techniques et des saveurs issues de la gastronomie française. Mon bar, purée de patate douce, poire et crumble de coriandre ou ma panacotta bissap (bissap = boisson à base de fleurs d’hibiscus) en sont de bons exemples. J’ ai acquis ces techniques lors de ma formation, de mon stage auprès de Nicolas Gautier, chef du restaurant gastronomique la Laiterie mais aussi en cherchant, en lisant et en testant constamment de nouvelles choses. 

Je propose une carte pour le midi et une carte pour le soir, qui sont régulièrement renouvelées. Le soir, les plats proposés sont encore plus typiques avec par exemple mon bœuf, sauce d’arachide, riz.

restaurant houé lille

 

Comment te procures-tu des produits aussi spécifiques ?

J’importe directement du Bénin, car j’ai besoin de connaître et de savoir d’où viennent les produits que j’utilise. Beaucoup de ces produits me sont fournis directement par des membres de ma famille. Par exemple, je travaille avec deux types de gari, au grain plus ou moins fin, qui sont produits par mes tantes.

Pour le frais (fruits, légumes, poisson, viande…), je travaille avec des produits locaux.

restaurant houé lille

 

Le cadre de ton restaurant est très agréable. Comment l’as-tu conçu ?

Je ne voulais pas d’un lieu communautaire, car j’ai envie que tout le monde se sente à l’aise ici. Pour la déco, j‘ai refusé de tomber dans des clichés, d’où le choix d’un mur bleu turquoise qui tranche avec l’esthétique « africaine » souvent caricaturée. Pour moi, le Bénin se retrouve dans les matières et les textures utilisées : le bois des tables et le tronc d’arbre du bar, les couverts en fer brut, les pagnes multicolores… J’ai fait faire sur mesure les gobelets et les tasses en terre cuite par une céramiste : Catherine Spencken. Car au Bénin, on boit toujours l’eau dans des récipients en terre. C’est un souvenir d’enfance très personnel que j’avais besoin de retrouver ici.

 En fait, j’avais juste envie d’un lieu agréable et convivial qui me ressemble, et où tout le monde puisse se sentir bien. Houé signifie « Maison » en fon. Mes clients sont mes invités, je les reçois comme à la maison !

restaurant houé lille

> Consultez ici notre avis sur le restaurant Houé

Houé

15, rue du Vieux-Faubourg
59800 Lille
03 55 40 51 85

Ouvert du lundi au vendredi : les midi
Vendredi et samedi soir

http://www.houe.fr/

6 Comments

  • Elodie C 24 mai 2016 at 17 h 15 min

    Je ne connais pas du tout cette cuisine mais l’article donne envie de la découvrir ! Est-ce un plat ou un dessert sur la première photographie ?

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    • Eugénie 25 mai 2016 at 9 h 39 min

      Bonjour Elodie ! Ravie que l’article vous donne envie car c’est vraiment une adresse sympa. Cette photo représente un dessert à base de tapioca et lait de coco ?

      Reply
  • Elodie C 24 mai 2016 at 17 h 15 min

    Je ne connais pas du tout cette cuisine mais l’article donne envie de la découvrir ! Est-ce un plat ou un dessert sur la première photographie ?

    Reply
  • Séraphin Agnannonhi 15 juin 2016 at 20 h 17 min

    Bonjour Charlise, Le SEIGNEUR te dit: QUE RÉUSSISSE LE TRAVAIL DE TES MAINS. Sois bénie.
    Depuis Montréal, nous sommes en plein dans les parfums du Restaurant HOUÉ. Nous pouvons ajouter: à HOUÉ, Aïfa – Cœur en paix au Restaurant HOUÉ.

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  • Patricia 13 septembre 2016 at 11 h 52 min

    J’y ai déjà été et je le recommande, la cuisine change de ce que nous avons l’habitude de manger et Charlise et le cadre sont vraiment sympa
    Bonne découverte

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    • Eugénie 19 septembre 2016 at 14 h 53 min

      Merci pour votre partage d’expérience Patricia !

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